Littérature péruvienne

« Le Paradis – un peu plus loin »

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« L’art devait rompre ce moule étroit, ce minuscule horizon où avaient fini par l’emprisonner les artistes et les critiques, les académiciens et les collectionneurs de Paris, pour s’ouvrir au monde, se mêler aux autres cultures, respirer d’autres airs, voir d’autres paysages, connaître d’autres valeurs, d’autres races, d’autres croyances, d’autres formes de vie et de morale. Ce n’est qu’ainsi qu’il retrouverait la vigueur que l’existence molle, frivole et mercantile des Parisiens lui avait retirée. Tu l’avais fait, toi, en partant à la rencontre du monde, en allant chercher, apprendre, t’enivrer de ce que l’Europe méconnaissait ou refusait. Cela t’avait coûté cher, mais vraiment, tu ne le regrettais pas, Koké, hein ? » (p. 539)

Je ne sais pourquoi, mais en achetant ce roman il y a un an de cela, j’ai immédiatement su qu’il allait me plaire. D’abord, le nom de l’auteur évoquait quelque chose en moi, comme si quelqu’un me l’avait recommandé maintes fois. De plus, le résumé ne m’a pas laissée indifférente. On parle d’une militante féministe des droits des Hommes et qui est, qui plus est, la grand-mère du célèbre peintre Gauguin. Tout était donc prévu d’avance que je tomberai sous le charme de ce roman biographique. Il ne fallait plus qu’attendre de trouver le bon moment pour m’y plonger et prendre tout mon temps pour le déguster.

Offrant un chapitre à l’honneur de Flora Tristan en alternance avec le récit autour de Paul Gauguin, le roman débute en avril 1844. Nous sommes en France, où notre Andalouse, Florita, réalise un périple dans le but d’exposer ses idées révolutionnaires pour que femmes et ouvriers soient plus respectés à l’avenir par les riches et exploitants et cela en vendant ses livres, faisant de nombreux discours et recrutant des ouvriers capables de servir l’Union Ouvrière. Le parcours de cette Française séduisante et colérique aux origines péruviennes ne sera pas de tout repos, ses idées en dérangeant plus d’un.
Nous suivons également son petit-fils, 48 ans plus tard, ce peintre dit sauvage, retiré à Tahiti puis aux Marquises pour y capter l’art véritable, celui qui n’a pas encore été perverti par la société occidentale. Il contrera les idées religieuses qui cloisonnent les indigènes dans un monde d’interdictions et coutumes européennes et vivra tel un Maori, ce peuple autochtone, expérimentant tous les désirs : sexe, alcool, drogue. Nul ne pourrait se douter que derrière cet artiste se trouvait auparavant un homme respectable de Paris, ayant pour femme une Danoise, des enfants et un travail bien placé dans le milieu de la bourse.
Grand-mère et petit-fils ne vivront que dans un seul but : trouver le Paradis, cet endroit où les lois seront égales pour tous ou dans lequel la civilisation occidentale n’aura pas encore mis les pieds et empoisonné les lieux exotiques en imposant leur mode de vie. Flora Tristan voulait un monde meilleur, sans esclavage, avec le respect de la femme et des conditions de travail des ouvriers. Il faut croire qu’elle est née trop tôt, ses idées ne faisant échos que dans peu d’esprit.. Pour ce qui est Gauguin, devenu Koké, personne ne comprend son art, ni pourquoi il va si loin pour peindre des indigènes et, pire, se conduire comme eux. Homme incompris, détesté par certains et admiré par d’autres, il ne verra jamais sa célébrité venir, mourant avant l’heure de la maladie imprononçable qui le ronge depuis des années. Un destin tragique similaire à celui de son vieil ami, le Hollandais fou, Vincent VAN Gogh, n’ayant eu de célébrité que posthume.

Ce roman mêlant deux destins tragiques mais opposés à la fois est un très bel hommage à ces deux personnages ayant défendus leurs idéaux jusqu’au bout, sans jamais arrêter leur combat malgré la maladie et l’incompréhension de la société.

Destins de femmes : Flora Tristan
Le Tour du Monde en 8 ans : Pérou
Biographique
L’art dans tous ses états : peinture
Amérique du Sud – latine
170 idées : n° 36 – La Foule
A vos Nombres

« Le lieu de naissance n’était qu’un accident ; la véritable patrie, on la choisissait avec son corps et son âme. » (p. 183)

Le Paradis – un peu plus loin
Mario Vargas Llosa

Folio 2005 – 596 pages
Titre original : El Paraíso en la otra esquina
Traduit par Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès
Première édition VO et VF en 2003